Auguste Borget

Auguste Borget



Citation« Borget est maintenant comme vous savez, rue Cassini. Je vous remercie de m'avoir donné un si bon ami. C'est une âme qui m'est toute fraternelle, pleine de ces délicatesses que j'adore, et j'espère bien être pour lui tout ce qu'il est pour moi. » Lettre de Balzac à Zulma Carraud

Si Zulma Carraud a pu être pour Balzac comme une sœur aînée, Auguste Borget pourrait occuper la place d’un jeune frère. Il est né en 1808 à Issoudun. Sa famille lui impose l’apprentissage de la banque pendant trois années. Mais à sa majorité en 1829, il rejoint Paris pour se livrer à sa vocation de peintre, sans doute accueilli par les Carraud qui le présentent à Balzac. Le Romantisme est en pleine effervescence. L’écrivain déjà renommé  prend sous sa protection le jeune peintre à qui il prédit un bel avenir. En 1833, Auguste Borget emménage dans la même maison que Balzac. En 1834, il est avec lui à Frapesle.

« C’est un grand artiste », écrit Balzac en 1833, « il n’a pas voulu exposer, cette année, des études magnifiques. Il veut étudier encore deux ans avant d’apparaître et je loue cette résolution. Il sera grand tout d’un coup. »

En 1836, à 28 ans, Auguste Borget embarque au Havre pour un périple de quatre années. Le jour même de son départ, il écrit à Balzac, pour lui réclamer le paiement d’une dette: « il m’eût fallu cette somme de toute nécessité avant mon départ ». Trop tard ! On sait que Balzac n’est pas un bon payeur !

Notre Issoldunois débarque aux Etats-Unis, rejoint le Brésil et entreprend la traversée du continent par les pampas et la Cordillère des Andes. Il traverse le Pacifique puis visite la Chine et l’Inde. Il rapporte de cette aventure « des dessins sans nombre pris dans toutes les parties du monde. » Mais en tant qu’artiste, il déçoit Balzac qui parlera même un jour de ces « détestables  tableaux chinois que Louis-Philippe achète » ! Charles Baudelaire écrira: « Sans doute, c’est très bien fait, mais ce sont trop des articles de voyages ou de mœurs » et encore « sans être un peintre de premier ordre, il a une couleur brillante et facile. Les tons sont frais et purs. Avec moins d’art, en se préoccupant moins des paysagistes et en peignant plus en voyageur, M. Borget obtiendrait, peut-être des résultats plus intéressants. »

Malgré la déception artisite et la dette jamais remboursée, les deux hommes conservent une affection sincère. En 1850, quelques mois avant sa mort, Balzac termine sa dernière à Zulma par ses mots « Mes souvenirs au bon Borget. Votre ami, Honoré »

En 1836, Balzac avait dédicacé à Borget La Messe de l’athée . Il ne pouvait prévoir qu’en 1850, celui-ci s’installerait à Bourges, et finirait sa vie transfiguré par son retour à la religion, en 1877.